Nouvelle chronique : La Chose de John W. Campbell

Décidément, on passe du coca light dans mes chroniques « coups de cœur » puisque nous quittons la chaleur étouffante de la jungle mexicaine pour le grand froid antarctique. 

Je vous propose une review de La Chose de John W. Campbell (parue en 1938), dont le célèbre film d’un autre John (Carpenter pour ne pas le nommer) s’inspire. 

Ce court roman (ou cette longue nouvelle ?) est paru en 1938 et a été publié dans une nouvelle traduction par les éditions Le Belial’ en 2020. 

Le pitch

Le roman nous plonge dans le bain dès la première ligne. Une table d'opération où gît une créature prise dans la glace. De toute évidence, il s'agit d'un être extraterrestre venue sur terre, il y a des millions d'années. Une équipe de scientifique, basée en Antarctique, vient de la découvrir. Immédiatement la question se pose. Faut-il la laisser se décongeler ou s'en débarrasser au plus vite ? Blair, le biologiste, voit là une occasion unique de connaître une vie extraterrestre tandis que McReady, le commandant en second de la base, s'y oppose.

            Bien sûr, le parti de Blair l'emporte. On laisse la créature se décongeler. Puis, elle disparaît mystérieusement. C'est là que les ennuis commencent et que la paranoïa s'installe au sein des membres de l'expédition. Car on se rend très vite compte que la créature peut prendre l'apparence des chiens de traîneau mais aussi... des hommes.

Au fin fond du pôle Sud, là où on ne vous entendra pas crier…

J'ignorais que le film de Carpenter était l'adaptation d'un roman de Campbell, et, grand amateur de ce classique du cinéma fantastique, j'attendais beaucoup du bouquin. Et... je dois le reconnaître... j'ai été pas mal déçu. Le roman a des qualités : le style est nerveux, l'histoire est menée tambour battant et l'atmosphère oppressante et poisseuse de la base perdue en plein cœur d'un hiver infernal et sans fin est plutôt bien rendue. Mais il a aussi de gros défauts qui ont pas mal gâché mon plaisir. L'action, tout d'abord. À vouloir être trop rapide et elliptique, elle perd en clarté. Plusieurs scènes clé, notamment celle de la métamorphose d'un des chiens, sont confuses. Je ne suis pas sûr, si je n'avais pas vu le film, que j'aurais immédiatement compris que la bête était capable de prendre l'apparence des êtres qui l'entourent. L'autre gros défaut concerne les personnages. Ils sont nombreux et, comme le roman est court, très peu développés, ce qui est particulièrement dérangeant lorsque l'on veut créer une ambiance de terreur. Comment craindre pour la vie d'un personnage que l'on ne connaît à peine ? Je n'ai pas pu m'empêcher de penser au film Alien de Ridley Scott. Là où le réalisateur avait réussi en quelques scènes, au début du film, à nous présenter et à nous faire aimer un groupe de personnages avec une économie de moyens admirable, Campbell n'y parvient pas, je trouve. Et c'est bien dommage. On reste extérieur à une action dont on comprend les enjeux (il faut se débarrasser de la bestiole avant qu'elle ne quitte le Pôle et prolifère) mais on ne se sent pas vraiment concerné. 

            Alors, on lit ou non  ? Meeeeh... Regardez donc plutôt le film de Carpenter ! 

Titre : La Chose
Auteur : John William Campbell
Editeur : Le Bélial'

Les Ruines

 

Pour cette deuxième chronique, nous quittons les histoires d’exorcisme et de possession pour la chaleur terrible de la jungle mexicaine. Nous allons parler des Ruines de l’Américain Scott Smith, paru en 2006. 

Le pitch !

 

Les Ruines est un livre reposant avant tout sur un suspense haletant et je ne voudrais pas vous divulgacher la face ! Pour faire simple : deux jeunes couples américains Stacy et Eric, Amy et Jeff passent du bon temps dans un club de vacances à Cancún. Au programme plage, alcool, jeux et sexe adultérin. Bref, la routine. Ils font la rencontre d’un touriste allemand, Mathias. Celui-ci est sans nouvelle de son frère qui a suivi une jeune et charmante archéologue pour fouiller d’antiques mines, paumées en plein cœur de la jungle du Yucatán (Ah, amour ! Quand tu nous tiens !). Mathias veut partir à sa recherche. Il en parle à ses nouveaux amis qui, ni une ni deux, décident de l’accompagner, sans qu’on comprenne vraiment pourquoi... La soif de dépaysement ?  Bref, voici nos quatre touristes américains, Mathias et un comparse grec, qui s’est ajouté au dernier moment, en route pour l’aventure, avec des bouteilles de tek’ et des croquets apéritif pour tout équipement. 

Vous vous en doutez, plus ils se rapprochent du site archéologique, plus les avertissements se multiplient. Chauffeur de bus, villageois, tout le monde leur dit de ne pas se rendre sur les ruines et de faire gentiment demi-tour. Mais voilà, les héros n’en font qu’à leur tête. Arrivés sur le site : point d’équipe d’archéologues, seulement leur matériel. Que s’est-il donc passé, bon sang de bois ? Et j’arrête ici mon résumé, car je ne veux rien gâcher du suspens. Sachez simplement qu’après avoir lu le livre, vous ne regarderez plus votre plante de bureau ou le lierre qui envahit votre jardin de la même manière… 

On lit, ou bien ? 


Très clairement, Les ruines a un côté film d’horreur de série B qui pourra charmer les uns mais rebuter d’autres. Les personnages sont des archétypes (pour ne pas dire des caricatures). Vous avez Stacy, l’extravertie, Amy la renfermée, Eric le rêveur insouciant et Jeffrey le boyscout-quarterback, préparé à la survie en milieu hostile… On y retrouve quelques sempiternels clichés inhérents au genre avec les avertissements que les héros ignorent, comme dans tout bon film d’horreur qui se respecte. Ajoutez à cela, la plume de Scott Smith qui n’a rien de transcendant (mais qui fait le taf, attention !). Le livre n’est donc pas exempt de défauts. Mais il est aussi bourré de qualités. L’auteur nous plonge dans le cauchemar qu’affrontent les personnages, avec un art consommé du suspense. Il ne ménage pas ses héros qui peuvent aussi bien faire preuve de grandeur d’âme que de bassesse ou de lâcheté. Il s’amuse malmener leur amitié qui paraît bien fragile face aux épreuves.  Il multiplie les points de vue narratifs afin de nous faire ressentir au mieux ce que chacun de ces malheureux éprouve. Surtout, il joue avec nos nerfs avec cette histoire qui nous tient en haleine jusqu’au bout et qui, par moments, parvient même à bousculer nos repères moraux. 
Alors, on lit ou bien ? Oui, oui et encore oui. 


Et c'est parti !


 

Pour inaugurer la rubrique de mes coups de cœur, j’ai choisi un livre particulier que j’ai lu il y a quelques mois et que j’ai beaucoup aimé. Il s’agit de Possession de l’écrivain américain Paul Tremblay. Une énième histoire resucée de L’Exorciste ? C’est ce que nous allons voir... 


Le pitch !

Pour faire simple (car la narration du roman est un poil complexe), le roman met en scène la famille Barret menant une vie ordinaire dans leur maison de banlieue du Massachusetts. Plusieurs éléments viennent cependant troubler ce cadre idéal troubler ce cadre idéal de l’American way of life. Le père est au chômage et trouve refuge dans la religion, la mère sombre peu à peu dans l’alcoolisme. Pour couronner le tout, l’aînée des deux filles Barret, Marjorie, âgée de quatorze ans, semble frappée d’une étrange schizophrénie. Des événements bizarres se produisent et le Mr Barret décide de faire appel à un prêtre afin que celui-ci pratique un exorcisme. Une équipe de télévision s’empare de l’affaire et propose de filmer le rituel, contre une généreuse somme d’argent. Le père, aux abois, accepte, contre l’avis de son épouse. Mais cette émission se trouve brutalement interrompue. Et là, le mystère commence. Et je m’arrête là, pour ne pas spoiler !

Alors, c’est bien ? 

Entendons-nous. Possession n’est pas un livre d’horreur ordinaire. Contrairement à ce qu’affirme Stephen King (qui a tremblé de peur en lisant le livre), l’histoire ne fait pas peur. Pas de tête qui tourne à cent quatre-vingts degrés ni de morve vert fluo ! Pourtant, l’horreur est bel et bien là : elle prend des formes plus banales et certainement plus terribles encore. Elle s’incarne dans le voyeurisme malsain de la télévision qui profite de la détresse d’une famille à court d’argent, elle s’incarne également dans l’alcoolisme d’une mère complètement dépassée par les événements et au bord du désespoir. L’horreur prend aussi le visage du fanatisme religieux qui s’empare du père au point de faire subir à l’une de ses filles un rite d’un autre temps. Mais surtout, l’horreur réside dans la tragédie finale qui se prépare et s’annonce tout au long du livre. 

De l’horreur, il y en a donc. Efficace et terriblement simple. Ajoutez à cela des pointes d’humour caustique, des jeux avec les codes du genre fantastique, une narration à plusieurs voix très réussie et vous obtenez un roman de fort bonne qualité, que l’on ne lâche pas facilement une fois commencé !

Alors, c’est bien ? Oh que oui !

Références  
Auteur : Paul Tremblay
Titre : Possession 
Editeur  : Pocket

Mes coups de cœur littéraires

Grand amateur de littérature fantastique, d'épouvante ou de thrillers avec des vrais morceaux de fantôme et de créatures étranges dedans, je vous ferai part ici de mes dernières découvertes à lire ou à... fuir !